Des écritures en partage. Incorporation, hybridation, circularité dans « Dear Patagonia » de Jorge González

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Article publié dans la revue de l’ILCEA nº 24, Lire et écrire ensemble, en hommage à Michel Lafon.

Résumé :

Le roman graphique de Jorge González, Dear Patagonia (Sins Entido, 2011), est le fruit de l’écriture en collaboration entre le dessinateur et trois autres scénaristes : Horacio Altuna, Hernán González et Alejandro Aguado. Cet assemblage d’écritures fait entendre les voix et les témoignages de la culture indigène. Il entre en résonance avec le dessin de González, qui se donne à voir dans son engendrement en conservant les traces de brouillons et d’esquisses. Récit fictionnel, documentaire et carnet de voyage sont reliés par les motifs de l’incorporation, de l’hybridation et de la circularité afin de mettre au jour les problématiques identitaires en Patagonie.

Alessandra, Guille et Belinda : regards sur une vie

The Explorer, 2002(C) Alessandra Sanguinetti

Un village dans la pampa argentine au sud de Buenos Aires. Quelques maisons au milieu de la nature. Des chiens, des chats, des poules, qui cohabitent avec les paysans du coin. C’est là que vivent Guille et Belinda, deux jeunes filles qu’Alessandra Sanguinetti a photographiées, de l’enfance à l’âge adulte, au rythme de ses séjours dans cette campagne.

Lorsqu’elle pose ses yeux sur elles pour la première fois, en 1999, Guille et Belinda sont encore de jeunes enfants. La photographe va les suivre dans leurs activités et surtout dans leurs jeux. De ce travail va naître un premier livre, The Adventures of Guille and Belinda and the Enigmatic Meaning of their Dreams (Nazraeli Press, 2010) qui rassemble les photos prises pendant les premières années de ce que l’on peut appeler une collaboration artistique. Ses images transmettent la tendresse qui unit les deux fillettes, qui ont grandi au milieu des animaux, qu’elles voient naître et mourir aux mains de leurs parents éleveurs. On est frappés par le mélange de douceur et d’aridité qui se détache de certaines scènes. Les gestes sont affectueux, les regards intenses, qui sans cesse renouvellent un pacte entre elles et la photographe.

Un glissement semble se produire au fil du temps dans ces prises de vue, de plus en plus scénographiées. Tandis que Guille et Belinda se déguisent pour jouer aux adultes, comme le font tous les enfants, progressivement, Alessandra Sanguinetti intervient dans ces travestissements « pour de rire ». Sa présence engendre de nouveaux jeux où, toutes trois, composent des détournements de l’iconographie religieuse et picturale, ainsi que de représentations de scènes de genre. On retrouve les deux filles posant pour une pietà en plein air ou interprétant une nativité dans une grange. Humour et gravité se dégagent de ces compositions, tantôt gisant en pleine scène de crime ou bien se laissant porter par la rivière, telles deux Ophélies. Leur interprétation de ces images neutralise l’effet kitsch qu’elles pourraient produire. Elles en deviennent familières tout en sublimant les lieux et les objets du quotidien des deux enfants. Si l’on aime à retenir les images qui contiennent une dimension symbolique, celles-ci sont complémentaires de prises de vue plus documentaires qui permettent de comprendre le cadre de vie des fillettes. Et l’écart ludique et vital qu’apportent ces photos. C’est en leur faisant rejouer les scènes mythiques de la culture occidentale, en se servant des décors et des accessoires disponibles autour d’elles, qu’Alessandra Sanguinetti semble être au plus proche de leurs émotions et de leurs rêves. Alors que Guille et Belinda paraissent absentes au milieu des adultes dans les activités de tous les jours (vie à la ferme, fêtes de village), fardées et costumées, elles se dévoilent.

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La suite de l’article dans Clic, Espaces Latinos spécial photographie latino-américaine, hiver 2013-2014. Abonnez-vous !